Article de
SportsIllustrated de mai 1992
Traduction Denis Chaton alias Toonoryu

Pour ce qui concerne le système digestif, aucun athlète
n’arrive à égaler Konishiki. Il mesure en effet 1 m 85 et pèse 263 kg : Il a
pour ainsi dire la forme d’un cube. Enorme masse molle et flasque, il pèse
pratiquement 80 kg de plus que le lutteur de sumo ordinaire, 45 de plus que son
plus pesant rival et 20 de plus que la famille japonaise moyenne. « Ces 263 kg
sont trompeurs » dit Konishiki. « 20 kg sont toujours en train de se secouer ».
Une quantité de grands morceaux de chairs protubérants sont accrochés autour de
son corps. Ils partent de sa poitrine, se déversent sur tout son corps,
ondulant autour de ses bras ou de ses jambes. Le ventre de Konishiki est si
imposant que vous pourriez cacher une dinde entière dans son nombril. Sa
carcasse semble se déplacer en grandes sections : lorsqu’il se retourne trop
rapidement, le reste de son corps a besoin de quelques secondes pour le suivre.
A une époque où les élites japonaises sont critiquées pour leur protectionnisme
anti-américain, une importation de l’Oncle Sam a réussi à se hisser
pratiquement au sommet de leur sport national. En effet, Konishiki est le
premier étranger à avoir atteint le rang d’ozeki (champion). Il a gagné deux
des trois derniers basho et a fini à une très respectable troisième place dans
l’autre – un parcours qui devrait normalement être suffisant pour faire pencher
la balance en faveur de son élévation au grade de yokozuna (champion suprême).
Cependant l’énorme succès de Konishiki pose un énorme dilemme à l’association
des dirigeants de ce sport : la très ésotérique Sumo Kyokai. Aucun gaijin («
étranger » en japonais) n’a jamais eu l’honneur d’être promu yokozuna, et la
Kyokai est frileuse à l’idée de créer un précédent avec Konishiki. En mars
dernier, le conseil s’est réuni suite à la victoire de Konishiki au basho
d’Osaka et décidé que la question de son accession au plus haut grade ne se
ferait qu’à l’issue des deux semaines du tournoi de Tokyo qui a débuté
dimanche. Bien sur Konishiki a réussi un score de 13-2 lors du dernier basho.
Mais les membres du conseil considèrent que ses deux défaites étaient
exécrables. « Nous voulons être vraiment certains que Konishiki a l’étoffe d’un
champion suprême » explique Hideo Ueda, un des dirigeants du sumo. « C’est pour
cette raison que nous avons décidé d’attendre l’espace d’un autre tournoi ».
Une nouvelle fois, le Japon est menacé
par un maraudeur grand comme une montagne et qui écrase tout sur son passage.
Une nouvelle fois, les éclairs suivant le tumulte de ses pas ont embrasé le
pays des ruelles d’Osaka au château Atami de Nagoya. Et une nouvelle fois les
maîtres de ce pays insulaire font tout pour l’arrêter. Seulement cette fois-ci,
l’ennemi n’est pas un saurien cracheur de feu de 50 000 tonnes, nommé Godzilla.
Non, aujourd'hui il s’agit d’un être humain, un lutteur de sumo surnommé la
Bombe de Chair.
Godzilla, si vous vous souvenez bien, était ce monstre
engendré par les radiations nucléaires qui vint sur l’archipel après avoir été
libéré par des scientifiques américains. La Bombe de Chair, dont le véritable
nom est Salevaa Atisanoe, et qui combat au Japon sous le pseudonyme de
Konishiki, est un monstre d’origine hawaïenne qui, à la manière d’un surfeur, a
attrapé la vague du sumo alors qu’il était peinard à Waikiki. « Quand je suis
parti de chez moi pour Tokyo en 1982, je ne connaissais pas le sumo » explique
le premier non-Japonais à avoir réussi à atteindre les plus hauts grades de cet
obscur sport multiséculaire. « En fait, je ne savais même pas que Godzilla
avait atteint les côtes japonaises. A cette époque je m’intéressais plus aux
séries policières comme Hawaï Police d’Etat ».
Il y a aussi de légères différences entre les deux.
Konishiki (prononcez Ko-nish-ki) est particulièrement poli. Il s’incline
respectueusement, particulièrement devant ses supérieurs, son comportement est
empreint de solennité. « Godzilla était formidablement mal élevé » remarque
Michael Browning, un correspondant du Miami Herald pour l’Extrême Orient. De
plus, alors que Godzilla craignait les lignes à haute tension, Konishiki lui se
révèle lors de face à face électriques. Cependant, comme l’indique Browning : «
les deux ont de l’estomac à revendre ».


Le yokozuna est au sommet d’une
pyramide hiérarchique d’environ 800 lutteurs. « Les yokozuna sont immortels »
nous dit Konishiki avec beaucoup de respect. « C’est comme entrer au panthéon.
Tu y restes toute ta vie, mon gars ». L’intronisation d’un yokozuna - un
événement qui ne s’est produit que 62 fois depuis la naissance du sumo moderne
au milieu du 18ème siècle – se fait à l’issue d’une cérémonie complexe de 3
heures qui se déroule sur les très vénérables terres sacrées de Meiji à Tokyo.
Alors que les autres lutteurs changent de grade en fonction de leurs résultats,
un yokozuna ne peut pas être rétrogradé. Mais dans les faits, il est contraint
de se retirer lorsqu’il se met à perdre plus de combats qu’à en gagner. Ce
genre de chose arrive généralement après la trentaine. A ce moment là le,
lutteur se fait couper les cheveux et prend une retraite bien méritée.
Comme actuellement il n’y a plus de yokozuna en activité –
le dernier en date s’est retiré vendredi dernier à cause de ses blessures – la
Kyokai cherche désespérément à pérenniser le plus haut grade en intronisant de
nouveaux candidats potentiels. « Qu’on le veuille ou non, le sumo est du
show-biz » explique Lynn Matsuoka, une tokyoïte illustratrice de livres sur le
sumo. « Les yokozuna ne sont pas seulement là pour le folklore, ils attirent le
public en masse » Si on s’en tient aux seuls résultats, Konishiki est le
meilleur candidat. Mais la Kyokai est écartelée entre son désir d’améliorer la
popularité du sumo et sa volonté de ne pas diluer ce qu’elle considère comme un
héritage vivant.
Ce qu’on attend d’un yokozuna, c’est soit de gagner les
tournois soit d’être au moins dans les meilleurs. Cependant, il existe une
autre exigence, plus subtile, plus difficile à appréhender : l’hinkaku.
L’hinkaku est une sorte d’aura quasi-mystique et inné de dignité qui, selon les
Japonais, manque cruellement aux Occidentaux. Les plus nationalistes des
Japonais sont résolument contre l’idée d’accorder l’honneur d'être yokozuna à
un non-Japonais. Le romancier Noboru Kojima a ainsi écrit dans un récent numéro
du mensuel Bungei Shunju que la promotion de Konishiki « pourrait ouvrir la
voie à la renonciation de l’identité de la culture spirituelle japonaise » Le
titre de son article « Nous n’avons pas besoin d’un yokozuna étranger ». Mais
les connaisseurs du sumo soulèvent une autre objection. Konishiki, disent-ils,
a transformé un combat stylé et antique en une course au poids. Les règles du
sumo sont simples. Vous gagnez en amenant votre adversaire au sol ou en dehors
du cercle de paille de riz de 4,5 m qui constitue l'aire de combat. Vous perdez
si une quelconque partie de votre corps autre que la plante de vos pieds - même
vos cheveux - touche le sol. Les combats ne durent généralement que quelques
secondes, très peu vont au-delà de vingt. Un lutteur de la taille et de la
force de Konishiki, donc, a un avantage énorme. Mais "si la force était le
seul prérequis pour un yokozuna" s'offusque un officiel, "pourquoi ne
ferait-on pas se combattre des lions, des ours et des éléphants ?".

Konishiki, arrivé au Japon sans presque aucune notion de
japonais mais qui le parle aujourd'hui couramment, prend les coups avec
philosophie. "C'est leur sport, je ne tiens pas à m'ériger contre le
système. La meilleure chose à faire pour moi est d'accumuler les victoires. Si
je continue à gagner, il leur faudra bien faire quelque chose".
A ce propos, la seule chose que la Kyokai ait fait a été
de blâmer Konishiki pour quelque que chose qu'il - ou un imposteur - aurait (ou
non) déclaré. Dans un article en date du 20 avril, le Nihon Keizai Shimbun, le
plus grand journal économique japonais, cite Konishiki au sujet du refus opposé
à sa promotion comme grand champion "A proprement parler, c'est du
racisme". Le lendemain, le New York Times rapporte une déclaration
téléphonique dans laquelle Konishiki dirait "Si j'étais japonais, je
serais déjà yokozuna".
Ces remarques ont failli dégénérer en incident
international. Le Premier ministre japonais, Kiichi Miyazawa, a défendu les
critères de sélection de la Kyokai. Le ministre des affaires étrangères
Watanabe craint que les accusations portées par Konishiki puissent tendre les
relations américano-nipponnes. Conscient du caractère sensible du sujet des
discriminations raciales pour les Américains, Watanabe déclare "Je demande
à ce que le sujet soit clos".
Tel est alors le cas. Le 21 avril, après avoir été
convoqué devant la Kyokai et avoir reçu l'ordre d'adopter "une attitude
plus humble", Konishiki dément avoir tenu l'une ou l'autre des deux
déclarations. La Bombe de Chair, en larmes, clame haut et fort que ses paroles
ont été mal interprétées par le journaliste du Nihon Keizai ("Si j'ai dit
ça, ce n'était pas dans le sens où il l'a écrit") et affirme qu'un
apprenti blagueur s'est fait passer pour lui auprès du Times ("Je ne
pouvais savoir ce qui se passait, j'étais sous la douche").
La sœur cadette de Konishiki, Kahau Sunia, est moins
diplomate. "Il devrait répondre aux japonais qu'il n'est pas un étranger.
Après tout, il possède déjà tout à Hawaï".
La petite flûte laquée est faite avec l'os d'une aile de
héron. Elle sort d'un fourreau couleur miel. Konishiki joue un air japonais. Le
son est pur, limpide et plaintif, à l'image du vol du héron.

Un sourire béat sur le visage de Konishiki, un visage
rond, force tranquille, avec une petite touche d'ironie dans le sourire. Ce
sourire, il le porte que ce soit lorsqu'il fait rouler ses adversaires hors du
dohyo, ou lorsqu'il roucoule des chansonnettes à sa fiancée toute menue,
Sumika, un top-model qui pèse à peu près autant que son coude. (Il a fait sa
demande l'été dernier en lui disant "Si on bossait ensemble pour devenir
Yokozuna").
Leur mariage à Tokyo, en février, a rassemblé plus de
mille invités, dont beaucoup des politiques et hommes d'affaires japonais de
premier plan. Une chaîne de télé japonaise a mis sur la table un demi-million
de dollars pour les droits de diffusion. Cette version real-tv de la Belle et
la Bête a interrompu les JO d'hiver pendant deux heures. "Aucun autre
sport sur terre ne procure ce genre d'attention" nous indique Konishiki.
Sa voix est étonnamment douce, venant d'un homme taillé comme trois armoires
normandes.
Tous les faits et gestes de Konishiki - aussi lourds
soient-ils - sont autant de sujets pour la presse à scandale. "Le
journalisme au Japon est une ratière, les journalistes un paquet de rats",
déclare Konishiki avec mépris "je suis en permanence cité par des
journalistes qui ne m'ont jamais vu. Les autres me posent le même type de
questions stupides : De quoi parlez-vous avec votre épouse ? Qu'est ce que ça fait
d'être marié à un homme comme vous ? Vous voulez un garçon ou une fille ? La
question qu'ils ne posent jamais est, Ils font l'amour ou pas ? ".
"On le fait", dit Konishiki avec un brin de timidité. Nous laissons
le reste à votre imagination.
Selon la presse populaire, Konishiki a fêté son 28ème
anniversaire en décembre dernier en descendant 120 canettes de bière, 10 verres
de tequila et 10 whiskies. "C'est ridicule" proteste Konishiki
"Je ne bois jamais de whisky".
Alors, la bière et la tequila ? "Ca n'est vrai qu'en
partie. Les 10 tequilas sont vraies, mais j'ai bu plus de 120 canettes de
bière".
Explosé ?
"Non, mais le lendemain matin j'avais l'impression
d'avoir 23 cœurs, qui battaient tous, et dans ma tête".
Le public japonais raffole de ce genre d'informations. Et
la plupart du temps Konishiki n'en est pas avare. "Je suis traité comme un
roi, un dieu vivant".
Les grands-mères et les jeunes enfants le touchent pour
attirer la chance comme une sorte de Bouddha géant. Les jeunes filles
défaillent à la vue de ses hanches énormes. Les masques de Konishiki
s'amoncellent sur les rayonnages des magasins de jouets de Tokyo. Un fan club
lui a offert un mawashi avec un énorme diamant pour le porter durant les
longues cérémonies d'ouverture des tournois de sumo.

Il semble clair que Konishiki est la plus grosse raison de
la sumo mania qui déferle actuellement sur le Japon. Les six basho de cette
année sont sold-out, y compris les trois qui se déroulent au Kokugikan, le
stade de Tokyo avec ses 12000 places. Les premiers rangs s'arrachent à plus de
4000 $ chacune. Les salaires des sumos sont aussi élevés, et les aspirants
sumotori déferlent du monde entier. La Kyokai reverse à Konishiki un
pourcentage des revenus générés par les entrées, ce qui monte jusqu'à 100000 $
l'an, mais il gagne au moins deux fois plus grâce aux exhibitions et primes de
match - ce qui se révèle pratique dans une cité aussi chère que Tokyo.
"J'aimerais gagner des millions de dollars comme les baseballers
américains au Japon", nous dit Konishiki, "mais j'imagine que cela
fait partie de la discipline du sumo. On prend ce qu'on a".
C'est le sumotori hawaïen Jesse Kuhaulua, premier
non-Japonais à emporter un basho dans la division reine (en 1972), qui a fait
venir Konishiki au Japon. Aujourd'hui 19 Hawaïens luttent ici (l'un des frères
aînés de Konishiki, Junior, figure dans une compétition de boxe parallèle).
Aucun des sumotoris hawaïens n'approche les mensurations de Konishiki. Le plus
proche est Akebono, un géant de 2,03m, entraîné par Kuhaulua. Mais Akebono,
bien que pesant le poids respectable de 225 kg, n'a pas le centre de gravité
extrêmement bas qui avantage Konishiki.
Le tour de taille gigantesque de Konishiki le rend
pratiquement indéboulonnable. Mais il amène aussi son lot d'inquiétudes à
propos de sa santé. Konishiki aborde ce lourd problème d'un ton léger.
"Mon seul regret est que je ne peux entrer dans les manèges de Disneyland
Tokyo. Et quand je vais au cinéma, je dois m'asseoir dans m'allée".
Est-ce que maigrir - si le terme signifie quelque chose
dans son cas - altérerait son sumo ? "Je ne me prends pas la tête ave
cela, mais cela ne me ferait certainement pas de mal de perdre 79 ou 80
kg".
Kuhaulua n'est pas d'accord. "Les sumotori sont
dépendants de leur poids. S'ils en perdent, ils perdent leurs sensations.
Certains ont ruiné leur carrière après une perte de poids. Je suis plus inquiet
pour ce qui concerne Konishiki des risques de blessures. Des gabarits comme
nous guérissent lentement".
Kuhaulua dit ceci, assis sur un futon d'une écurie
d'entraînement d'Osaka. La tête enfouie dans des serviettes, cet homme de 200
kg semble immobile, tel Jabba le Hut, et presque aussi caricatural. Depuis dix
jours il est dans cette position quasi en permanence. "Je me suis tordu la
cheville" dit-il d'une voix rauque. Un coup au larynx au début de sa
carrière de sumotori lui a laissé cette voix de crécelle.
Sur le mur, une affiche réalisée par l'un des protégés
japonais de Kuhaulua.
S'il vous plaît
Ne mangez pas : viande, poisson tel que le thon
Mangez plus de : Légumes, fruits, tofu
Marchez
N'allez pas dîner
Gardez-vous en vie
"Je ne connais rien à la nutrition" dit
Konishiki à un visiteur, dans la modeste maison de ses parents à Oahu.
"Quand vous êtes élevé dans une famille qui survit à peine, vous mangez
tous ce qui se trouve devant vous". Le visiteur s'éloigne.
Konishiki est le huitième d'une fratrie de neuf engendrée
par Lautoa Atisanoe et son épouse, Talafaaiva. Lautoa, personnage trapu à l'air
perpétuellement fatigué, a émigré avec sa famille des Samoa, où il était
instituteur, vers Oahu en 1959, et trouva alors un travail de mâteur en
navires. Il était déterminé à offrir à ses enfants, dont Salevaa (surnommé
Sale), plus que l'école primaire.

Les Atisanoe vivaient au sein d'une
communauté samoane, du côté sous le vent de l'île. Ils étaient pauvres selon
les standards polynésiens. Chacun dormait sur des nattes dans une chambre
commune et se douchait à l'extérieur, sous les bananiers. Lautoa avait été un
prêcheur, dans son village des Samoa, et une fois installé à Hawaï, il
construisit une église avec du bois de récupération. "La famille avait un
profond respect pour le protocole, les rituels, l'étiquette", selon
Earlene Albano, l'institutrice de primaire de Sale à Nanakuli. "Je crois
que c'est grâce à cela que Sale s'est aussi bien adapté au Japon".
Sale était un petit garçon gros mais fort. A 11 ans, il
pesait 180 kg. "Il avait l'air intimidant, mais il ne s'en est jamais
servi".
Personne ne l'intimidait, non plus. "On portait des
casques et des protections d'épaule quand on jouait au football dans la rue,
mais rien n'allait sur Sale, donc il était sa seule protection" nous dit
Darrin Zablan, un ancien camarade de classe.
A l'université d'Honolulu, Sale acquit un surnom, Sale
l'Enorme, comme champion invaincu à la presse (275 kg) et aux squats (300 kg).
Il jouait aussi au poste de bloqueur dans l'équipe de football. Le fils
d'Albano jouait dans une équipe adverse.
"Qu'est ce qui se passe quand Sale te rentre dedans
?" , lui demanda-t-elle un jour.
"Tu rebondis, m'an" lui répondit-il.
Trop lent pour le haut niveau, Sale pensa un moment
devenir policier infiltré, comme si un ancien bloqueur de son gabarit pouvait
passer inaperçu. "Tu sais, comme au GIGN, traverser les portes, casser des
têtes". Un silence "C'est pas encore trop tard, non ?".
Une semaine avant son bac, un émissaire de Kuhaulua repéra
Sale sur une plage, qui séchait l'école.
"Non merci", lui répondit Sale, lorsque
l'émissaire lui parla de sumo "Je n'ai pas les tripes pour combattre"
"Si, tu les as"
"Laisse tomber"
L'émissaire insista, revenant à la charge à deux reprises.
Il dit à Sale que Kuhaulua devait venir incessamment à Honolulu, et qu'il
pourrait le lui présenter. "C'est une vedette à Hawaï, alors je me suis
dit, pourquoi pas ?", dit Konishiki.
"Je te demande juste d'aller là-bas" dit
Kuhaulua à Sale "après, ça viendra tout seul". Contre l'avis de ses
parents, Sale partit en balade "le voyage était gratuit. Qu'est-ce que
j'avais à perdre ?". C'était alors un poids plume de 190 kg.
Kuhaulua lui apprit les épreuves liées à son statut de
sumotori. "Ca faisait 20 ans que j'étais dedans. Le jour où je suis arrivé
des Etats Unis, en 1964, j'ai eu l'impression d'être sourd, aveugle et
particulièrement stupide. Je ne pouvais parler qu'à deux ou trois personnes. Et
il y avait toujours énormément de ressentiment datant de la deuxième Guerre
Mondiale". Kuhaulua fit des efforts gigantesques pour s'intégrer.
"Essayer de vivre à la japonaise était vraiment difficile, mec. Il m'a
fallu apprendre leur culture, leur style de vie et leur langue, et accepter
leur attitude vis-à-vis des étrangers".
Kuhaulua combattit sous le nom de Takamiyama, la Haute
Montagne. Il atteignit le rang de sekiwake, le troisième dans la hiérarchie du
sumo. Mais il ne concourut jamais pour l'accession au rang de yokozuna.
"Je n'avais pas la concentration nécessaire pour m'élever plus haut. Ceux
qui deviennent yokozuna ont quelque chose en plus. Ils sont vraiment
différents".
Konishiki intégra la Takasago beya en 1982. Il s'était
rasé le crâne juste avant le bac. Ce fut son dernier acte de défi pour
longtemps.
Konishiki traîne son énorme masse au sein de son école
d'entraînement avec la morgue d'un jeune chef toisant sa tribu. Et si une heya
n'est pas une tribu, on y trouve suffisamment de totems et tabous pour générer
des sujets de doctorats pour les anthropologues des futures générations.
"Retour à l'âge de pierre, mec", nous indique
Konishiki.
La Tradition est présente jusque dans l'argile que les
lutteurs, appelés sumotori, foulent du pied. "Il faut avoir le sens de
l'humour quand on parle du sumo", dit Konishiki, dans un rire semblable au
démarrage d'un petit moteur. "Les étrangers qui ont du mal ici sont incapables
d'en rire. Mais" ajoute-t-il, après un moment "il y a un moment ou il
faut prendre les choses avec sérieux".
Lorsqu'il arrive à Tokyo, son oyakata lui donne le nom de
Konishiki, du nom d'un yokozuna qui lutta à la fin du 19ème siècle. "Tout
ce que je sais, c'est qu'il était petit et avait cinq épouses" soupire
Konishiki II. "On vit dans un monde différent, mec. On pouvait alors avoir
20 femmes, sans se retrouver au tribunal".
La vie d'un jeune sumotori s'apparente à une servitude
sous contrat. La plupart des lutteurs aspirants s'engagent vers 15 ans; ils
gagnent de la masse, en résumé, en se gavant eux-mêmes. Ce n'est pas un
problème pour Konishiki, mais l'uniforme obligatoire - un string tout ce qu'il
y a de minimal - le rebute. "Je ne voulais pas me balader en couches
culottes. Mais je suis là, et je les porte".

Son initiation est brutale. Les oyakata lui crachent
dessus, lui mettent du sel dans la bouche et le frappent avec des bâtons de
bambou. Une nuit, un lutteur plus âgé, ivre, trébuche et donne un coup de genou
dans la tête d'un Konishiki en plein sommeil "Pas de raison particulière
" dit Konishiki avec calme "il lui fallait simplement donner un coup
de genou à quelqu'un. C'était vraiment premier arrivé, premier servi".
Un autre vétéran, raide pompette, frappe Konishiki au
visage avec une bouteille de bière. "Je voulais répliquer, mais je n'ai
pas pu. Quand vous êtes un apprenti, vous êtes de la merde. Vous ne pouvez que
prendre des coups, pas en rendre. Ce n'est pas l'Amérique".
Mais Konishiki a de quoi se consoler. "Ils ne
s'attaquent qu'aux plus prometteurs. Et ils s'attaquaient à moi tous les jours.
Je me suis donc tant habitué à la douleur que j'ai oublié ce que c'était".
Il accomplit consciencieusement les corvées des apprentis. Baigner et nourrir ses
tortionnaires, éponger leur sueur, courir faire leurs courses et même essuyer
là où un sumotori de 180 kg ne peut s'essuyer. Le seul moyen de se libérer de
tous ces affronts est de gravir les échelons jusqu'à ce que lui soit accordé le
privilège d'utiliser des apprentis comme ses serviteurs.
Tandis qu'il raconte ceci, Konishiki enfourche deux
tonneaux de bière en plastic dans le sombre et venteux sous-sol du temple
shinto où il s'entraîne. Une douzaine de laquais à la gueule cassée sont assis
autour d'un cercle d'argile, frappant leurs cuisses et se balançant. Certains
frappent leurs paumes sur des rondins de bois fichés dans le sol; d'autres
s'entrechoquent comme deux couettes amoureuses. Konishiki porte un volumineux
kimono, bleu et blanc aux motifs de palmiers. Deux assistants s'affairent à
recoiffer et rehuiler son chignon. "Je suis son esclave" dit Cosier
(Le Gros) Gaspard, l'un des six apprentis lutteurs qui font partie de la suite
de Konishiki. "Mais ça va, parce qu'il est un grand maître".
Gaspard, 150 kg et des airs de bon gros cochon, est venu
d'Oahu l'an dernier. Il jouait -pouvait-il en être autrement ? - comme bloqueur
à l'Arizona Western College jusqu'à ce qu'il se blesse gravement au genou. Il a
du faire brûler plusieurs tatouages de ses épaules, y gagnant des cicatrices
peu esthétiques, parce que les strictes règles du sumo interdisent tout
marquage corporel "impur".
La tâche la plus difficile de Gaspard est peut-être bien
de réveiller Konishiki tous les matins "Je dois lui sauter dessus, puis le
frapper à la tête et crier "debout, debout".
En général, Konishiki fait de la musculation, des assauts
et des poussées jusqu'au déjeuner jusqu'au déjeuner, puis mange. Et mange. Il
mange d'énormes bols de riz et de grandes quantités de bœuf, porc, poulet,
poisson, tofu et légumes bouillis ensemble dans un ragoût hypercalorique appelé
chanko-nabe. Le ragoût, ça va, mais ce qu'il désire le plus est la mayonnaise
américaine - il a une réserve secrète de Hellman's. "Assez souvent je sors
pour trouver un endroit ou acheter des hots dogs, ou quelque chose
d'américain".
Tout le travail et le no poi n'ont pas fait de Konishiki
un balourd. Avec ses rapides et troublantes poussées et ses assauts homériques,
il est devenu le sumotori à l'ascension la plus fulgurante dans le pays du
Soleil Levant. Il a atteint la plus haute des six divisions après seulement
huit tournois, un record dans l'ère moderne. En passant il a battu
quelques-unes des plus grandes stars du sumo. Mais il est apparemment devenu
trop fort trop vite pour ses hôtes.
Une forte poussée xénophobe déferle sur Konishiki
lorsqu'il finit second du tournoi de l'Empereur en septembre 1984. "Les
Japonais ne se soucient jamais tellement de votre couleur ou de votre
nationalité. Enfin, jusqu'à ce que vous parveniez aux plus hauts rangs".
Un mouvement anti-Konishiki se forme. Le jeune homme est attaqué parce que son
corps n'est pas sculpté et musclé comme un sumotori classique. Il est affublé
de sobriquets comme Benne à Ordures, le Monstre Hawaïen, la Bombe de Chair.
"En fait, j'ai toujours aimé Bombe de Chair. J'imagine ma photo en
couverture de Sports Illustrated avec les mots La Bombe de Chair Explose au
Japon".
Des fans irascibles essayent de boycotter la Bombe. Ils
clouent une poupée à son effigie en dehors du temple, lui envoient du courrier
haineux et des menaces de mort. Des rumeurs de noir complot pour le blesser
durant l'entraînement, le corrompre, relever sa nourriture avec du sucre pour
lui donner le diabète, circulent. "J'étais sûr que quelqu'un allait venir
sur moi dans la rue pour me poignarder dans le dos. Ca m'a fichu une trouille
bleue". Un quotidien vole son journal intime et en publie des extraits. Un
autre exige que les tournois fussent annulés si la Bombe de Chair parvient à
devenir yokozuna. Un troisième le stigmatise comme "la pire catastrophe
survenue au peuple japonais depuis l'arrivée des Vaisseaux Noirs",
allusion au Commodore Perry et à sa flotte, qui contraignirent le Japon à
s'ouvrir au commerce occidental au 19° siècle.
Des appels sont lancés pour enseigner le sumo au lycée
pour que le Japon puisse produire des lutteurs qui pourraient battre Konishiki.
Il y a même une chanson anti-Konishiki qui donne à peu près ceci : "Con,
baleine, clodo. Etc.".
Peu à peu ceci arrive aux oreilles de Konishiki. Il
devient alors tout fou, comme un jeune bleu. Il tombe lourdement, puis se
blesse au genou gauche. Il perd même son calme légendaire. Après une défaite,
il balance une télé du deuxième étage. "Vous n'allez pas me dire que Jordan
marque 45 points à tous les matches. Il a ses jours sans, lui aussi".
Il atteint le fond quand l'un de ses assistants jette à la
poubelle toutes les lettres de sa famille "Je les lisais chaque soir,
encore et encore. Ce sont elles qui me faisaient tenir. Quand elles furent
jetées, j'en ai pleuré. Je me suis demandé, qu'est-ce que je fais ici ?".
La fierté le fait tenir. "Je ne pouvais pas m'en aller avant d'avoir
réussi. C'est ce que le sumo m'a appris, mec, comment vivre seul. Je ne dois mon
parcours qu'à moi-même".

Il insiste avec courage et une obstination typiquement
zen. En 1987 il atteint le rang d'ozeki. Bien sûr, il lui faut cinq places de
finaliste au lieu de trois habituellement. Il montre son esprit d'indépendance
en paradant autour du dohyo avec un tablier arborant la statue de la Liberté.
Il emporte son premier tournoi, le Kyushu basho, en
novembre 1989 avec un score de 14-1. Essuyant ses larmes, il déclare "mon
rêve s'est réalisé". C'est une marque d'émotion très peu japonaise, et
elle fait écrire à des éditorialistes "Je me demande quelles pensées
étaient contenues dans ces larmes... nous voudrions seulement demander à
Konishiki de comprendre l'esprit qui sous-tend le sumo et de poursuivre sa
carrière".
A mesure que le Japon se met à apprécier Konishiki, sa
confiance grandit. En novembre dernier il se présente au Kyushu basho sans
bandage au genou. Il en portait un depuis six ans. Il l'emporte avec un score
de 13-2 et déclare devoir sa victoire, en partie, à un nouveau régime : de la viande
de crocodile, hyperprotéinique et peu grasse. A aucun moment son poids n'était
descendu à moins de 252 kg.
Quand la clameur salue l'assaut, Konishiki est aussi
impossible à arrêter qu'un train en marche. Et c'est une vision assez
effrayante que d'apercevoir les soubresauts de graisse du plus gros sumotori de
l'histoire essayer de vous écraser. "C'est comme un char d'assaut en face
d'une Coccinelle" dit Gaspar "si vous tenez à la vie, vous vous
barrez". Pour une locomotive, Konishiki est capable d'étonnantes prouesses
d'équilibre, d'agilité et de force brute.
Pour éviter de terminer aplatis comme des crêpes sous la
graisse, les adversaires de Konishiki essayent de le contrer avec ruse et
rapidité. Sa plus grande faiblesse réside dans son incapacité à changer de
direction. Il s'élance depuis sa place de départ, commence à envoyer des
tsupari et des poussées, et juste quand il pense que son adversaire est prêt
pour le Grand Saut, l'autre se baisse, crochète le genou et l'envoie s'écraser
sur l'argile. "Nul ne peut vaincre Konishiki en un contre un. Faut prendre
une moitié et contrôler ce que vous avez dans les mains" nous indique
Gaspard.
Il existe 74 prises dûment répertoriées pour envoyer un
adversaire hors du dohyo, le petit cercle d'argile. A ses débuts, Konishiki
s'appuyait sur l'oshidashi et le tsukiotoshi, deux techniques basées sur des
coups portés avec la paume de la main. Mais quand il commença à combattre dans
les années 80, il perfectionna le yorikiri, technique dans laquelle il attrape
à deux mains le mawashi de l'adversaire et le soulève hors du dohyo. La Joie du
Sumo, de David Benjamin, appelle cela la position du missionnaire. "Ce qui
fait la force de Konishiki est qu'il sait conserver son sang-froid. Maintenant,
il sait lire la trajectoire de son adversaire. Par le passé, il ne savait
qu'aller vers l'avant", nous dit Kuhaulua.
Au basho du mois de mars, à Osaka, le championnat s'achève
par une confrontation entre Konishiki et l'autre ozeki Kirishima, un homme
trapu de 140 kg aux faux airs de star de cinéma (on le présenta au tournoi
exhibition de Paris comme le "Alain Delon du Sumo" (ndt: commentaire
de Léon Zitrône...)). En dépit, ou peut-être à cause, de sa taille, Kirishima
est l'une des bêtes noires de Konishiki.
Konishiki gravit lourdement le dohyo, portant une bien
trop étroite bande de soie pour le recouvrir, dont pendent des sortes de
pompons rigides. Ses cheveux noirs, huilés, sont ramenés vers l'arrière et
ornementés en un chignon compliqué évoquant la forme d'une feuille de ginko.
Konishiki semble extrêmement concentré. Il arbore une mine sereine et détendue,
un visage souriant et distingué. Le regard n'exprime rien.
Le combat commence avec une longue guerre des nerfs connue
sous le nom de niramai, dans laquelle les adversaires se fusillent du regard.
"C'est à ce moment que l'on gagne ou que l'on perd" nous dit
Konishiki "Si tu peux soutenir le regard de ton adversaire, tu peux le
sentir s'effondrer". Parfois, c'est Konishiki qui baisse le regard.
"Ton esprit tout entier devient kamikaze, et mec, tu ne connais même plus
ton propre nom".

Konishiki et Kirishima se font face, accroupis, se balançant
artistiquement sur leurs doigts de pieds. Ils se lèvent, frappent dans leurs
mains, puis leurs poitrines et lèvent leurs jambes aussi haut que leurs ventres
le permettent. Après bien d'autres frappés du pied, ils lancent une grosse
poignée de sel purificateur. Des poignées de sel traversent le cercle en des
paraboles chatoyantes. Le jet douche l'arbitre en kimono, qui porte une dague dont
il ne se servira pas en représailles, en homme poli qu'il est.
Konishiki est devenu le maître du niramai. Selon La Joie
du Sumo, "Il gagne beaucoup de ses matches simplement assis ici. Son
attitude est comme un coup de matraque. Il donne l'impression de grandir devant
vos yeux".
Les combattants reviennent s'accroupir, et se dévisager
d'un air sinistre. Ils se lèvent encore et reprennent d'autres poignées de sel.
K et K reprennent le rituel plusieurs fois, comme des hockeyeurs inquiets
faisant des cercles avant le face à face. Les spectateurs, dont beaucoup
agitent des images de Konishiki, hurlent leurs approbations.
Puis soudain, la charge. Kirishima fonce tête la première
dans l'amas gélatineux de Konishiki. Près d'une demi-tonne de muscles, graisse
et chanko-nabe s'entrechoquent, dans un "floc" assez curieux à
entendre, comme si l'on jetait du beurre sur un mur de béton. Les deux lutteurs
frappent ventre contre ventre, tels deux morses en rut luttant pour leur
suprématie.
Tout est fini en dix secondes. Kirishima essaye de
déséquilibrer Konishiki. Libre de toute prise, Konishiki l'envoie sur le côté
du dohyo avec une sorte de grâce pachydermique. Kirishima agrippe une main sur
le mawashi de son adversaire et tente de le contrer. Inamovible, Konishiki
agrippe simplement le mawashi de Kirishima et s'en débarrasse sur yorikiri.
La victoire est saluée par des Banzaï ! à travers tout le
stade couvert, mais aussi quelques sifflets épars. Les coussins pleuvent sur le
dohyo, et les fans se lèvent de leurs tatami pour crier leur joie. Cris et
applaudissements : beaucoup sont visiblement épuisés. Konishiki toise les
spectateurs. La sueur ruisselle de sa poitrine comme la pluie en un ruisseau
d'orage.
A la remise des prix il reçoit un amoncellement de primes,
y compris une tonne de bœuf, un an de gasoil, du Coca, des champignons, des
marrons et 5000 anguilles. Il postillonne comme une baleine heureuse, laissant
le speaker trempé. Plus tard, il s'exclame "Mince alors ! Pourquoi est-ce
qu'ils ne me donnent pas quelque chose dont je puisse me servir, comme un
million de dollars ?"
Le lendemain il s'envole d'Osaka pour Honolulu. Depuis
leur mariage, Konishiki et Sumika ont eu quatre réceptions partout au Japon.
Sur Hawaï, ils en ont prévu deux autres - dont une fête samoane.
Konishiki occupe deux sièges de première classe, et bien
que les accoudoirs aient été relevés, on croirait qu'il a le siège le plus
inconfortable. Il passera la plupart du vol assis sur le sol. "J'aimerais
rester dans le sumo aussi longtemps que je peux. Si je peux durer encore cinq,
six, sept ans, je serai heureux. Mais je ne sais pas encore ce que je ferai
après. Je ne pense même pas à demain. Ca me ralentit. Jamais deux jours en même
temps. Juste un. C'est ma méthode".
Pour le dîner, le steward lui demande de choisir entre les
tartes aux noix, à la fraise ou à la pomme. "Balancez les simplement sur
mon assiette et mélangez les" dit-il, pince-sans-rire. "Pas la peine
de les couper. Je les mangerai entières. De toute manière, ça va au même
endroit". Quand il se leva ensuite pour s'étirer, c'est l'avion tout
entier qui sembla prendre de la gîte.
A l'atterrissage, à Honolulu, Konishiki dandine hors de
l'avion et se dirige vers les douanes. Une file pour les citoyens américains,
une pour les étrangers.
Bombe de Chair rit, un rire moqueur venu du fond de sa
gorge. "Hé," crie-t-il à la cantonade "elle est où, la file pour
les dieux vivants ?".
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